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Un univers graphique irréprochable et parfaitement maîtrisé, des thématiques complexes mais universelles, un traitement brutal et parfois très cru : cette fois-ci c’est sûr, ma 6-T va vraiment craquer ! |
Au cœur de Takara, la « ville trésor », deux frères orphelins sèment la terreur dans les rues. Prénommé Noir, le premier est une véritable brute, impitoyable et craint de tous. Son comparse, plus connu sous le nom de Blanc, est un garçon à priori plus docile et rêveur, même s’il n’en demeure pas moins aussi redoutable ! Agiles comme des chats, ces deux inséparables écorchés mènent la vie dure aux pires crapules et caïds de la ville, y compris les terribles yakuzas qui tremblent devant eux ! Le jour où l’un de ces seigneurs du crime décide de leur régler leur compte une bonne fois pour toute, les deux garçons vont devoir apprendre à maîtriser leurs démons intérieurs, seule condition s’ils veulent rester les princes de la ville…
Adaptation du manga Tekkon kinkreet de Taiyo Matsumoto, paru en France il y a plus de dix ans déjà, Amer Béton est le premier long-métrage de son réalisateur, Michael Arias. Ce dernier n’est toutefois ni un inconnu ni un incapable, puisqu’il compte à son actif un panel de collaborations prestigieuses. Parmi celles-ci, un travail remarqué sur les effets visuels d’Abyss de James Cameron et une participation efficace sur Princesse Mononoké, au sein-même des prestigieux studios Ghibli ! Une carte de visite en or, qui fait aujourd’hui de lui le premier Américain à réaliser un long-métrage d’animation sur le sol japonais.
Mais avant d’aller plus loin, mieux vaut dissiper tout malentendu et crever immédiatement l’abcès : oui, Amer Béton est violent, voire parfois très violent. Alors bien évidemment, le problème qui se pose est de savoir s’il s’avère vraiment judicieux de le montrer à vos enfants. Une question épineuse, à laquelle un premier coup d’œil sur le film nous forcerait plutôt à répondre par la négative, tant la violence du long-métrage prend au détour de quelques plans des envolées hallucinatoires et oniriques carrément déstabilisantes. Or, comme ce fut le cas pour Akira (précurseur du genre, du moins pour les rétines occidentales) à son époque, réduire Amer Béton à ces seules exubérances serait faire insulte à ses géniteurs. Car jamais un film d’animation, nippon ou non, ne se sera montré aussi profond…
Ce qui impressionne en effet ici, c’est la justesse avec laquelle le réalisateur parvient à illustrer les conséquences d’un cauchemar urbain sur ses jeunes habitants, à grands coups d’images poétiques d’une implacable noirceur. Livrés à eux-mêmes, les deux orphelins ne sont finalement, et malgré leur indiscutable force de caractère, que deux proies jetées en pâture aux mâchoires de la ville, laquelle les engloutira forcément un jour. Une approche désespérée qui rappelle la démarche de Fernando Meirelles sur son film La Cité de Dieu, dont le réalisateur Michael Arias avoue justement s’être inspiré. Sans langue de bois ni artifice (exceptées ses qualités graphiques de haut niveau), le cinéaste livre donc aux jeunes spectateurs un tableau certes violent et parfois effrayant, mais dont l’honnêteté et la franchise ne font aucun doute. Rien que pour cela, Amer Béton est tout simplement incontournable.
Bruno Mazzocchi
Publié le 22/02/2008
